Après 2 semaines de confinement, les personnes vivant en colocation commencent à sentir le temps long. Des tensions peuvent naître, que ce soit sur les habitudes de vie ou sur la crainte de transmission du virus. Quels sont les droits de chacun ? Comment bien s’organiser ? LocService tente de vous éclairer.

Les temps sont durs pour certains colocataires. Si les petits travers des uns et des autres peuvent rester supportables lorsque l’on est chacun à l’extérieur la moitié, les choses se compliquent lorsqu’on est confiné 24h/24, que les denrées commencent à manquer, et/ou que l’un des colocs travaille en milieu hospitalier.

Non, on ne peut pas expulser un locataire par crainte du coronavirus

La presse régionale s’émouvait hier de cette infirmière qui aurait été expulsée du logement qu’elle partageait avec une septuagénaire. Cette dernière aurait commencé à prendre peur depuis que l’infirmière a été réquisitionnée, puis ses fils lui auraient demandé de partir – visiblement pas poliment, car la police a du intervenir. D’autres faits divers relatent des mésaventures similaires : ici un mot anonyme laissé par des voisins pour demander à deux sœurs de quitter leur appartement marseillais, un autre mot laissé par un voisin affichant le même courage qui demande à une aide-soignante toulousaine « d’essayer de vivre ailleurs »… Si les applaudissements quotidiens pour le personnel soignant sont copieux, il y a tout de suite beaucoup moins de monde lorsqu’il s’agit d’accepter leur présence dans le même immeuble, alors même que ce sont les personnes sans doute les plus scrupuleuses et les mieux formées en termes d’hygiène et de risques de transmission.

Pourtant, la législation est claire : rien dans la loi ni dans les récentes mesures d’urgences ne permet d’expulser un locataire ou un colocataire pour ce genre de motif. Les seuls motifs valables restent la reprise ou la vente du logement, ou bien un motif légitime et sérieux tel que des impayés de loyers ou la sous-location abusive du logement par exemple. Disons-le sans détour, il est pratiquement inconcevable qu’un cas de Covid-19 puisse être un jour considéré par un juge comme « motif légitime et sérieux ». De plus, rappelons que la trêve hivernale, normalement en vigueur jusqu’au 31 mars, a été prolongée de 2 mois : impossible donc de faire exécuter une expulsion locative, de quelque origine qu’elle soit.

Les locataires victimes d’intimidations ou d’agressions de cette nature peuvent déposer une main courante pour en garder une trace.

Gérer la colocation au quotidien

Les manières d’affronter cette crise sanitaire inédite sont aussi diverses que les gens eux-mêmes. Les divergences d’habitudes en termes d’hygiène, de nourriture, de bruit, s’exacerbent. Premièrement il convient de se concentrer d’abord sur le problème principal, à savoir le risque de transmission du COVID-19 : quels sont les occupants qui continuent de sortir régulièrement pour leur travail ? Y-a-t-il des « réfractaires » qui outrepassent les consignes de confinement ? Outre la distanciation sociale et le lavage de mains de rigueur, des précautions supplémentaires peuvent être prises selon le niveau de risque :

  • nettoyer fréquemment les parties communes, plans de travail,WC et poignées de portes,
  • se déchausser à l’entrée,
  • jeter ou nettoyer les emballages des courses,
  • bien laver les fruits et légumes,
  • etc.

Ensuite, il faut s’attacher à ce que nos comportements ne polluent pas la vie des autres : évitez d’écouter la musique à fond, respectez le roulement des tâches ménagères, et ne vous laissez pas aller à la négligence. Ne volez JAMAIS la nourriture de vos colocs, gardez vos remarques inutilement désagréables pour vous, et ne faites pas votre stock perso de PQ (si, si, ça arrive). S’il vous prend des envies soudaines d’apprendre un nouvel instrument ou de vous mettre au fitness à domicile, c’est très bien, mais veillez à ce que cela n’empiète pas sur le confort de vos compagnons. La communication (orale !) reste la clé pour apaiser les situations tendues et régler les malentendus. Et si vous vous sentez un peu seul, un appel à vos proches vous fera le plus grand bien au moral.

Si cela n’est pas encore fait, c’est sans doute le moment ou jamais d’établir une charte de la colocation qui régira les règles de vie quotidienne.

Nuisance voisinage