Un phénomène inédit touche la capitale en ce moment : d’après plusieurs chiffres extraits des données de LocService.fr, la tension sur le marché de l’immobilier locatif parisien semble décliner, ce qui entraîne des baisses de loyers. Ces dernières sont-elles importantes ? D’où cela peut-il provenir ? Tentons d’analyser cela…

La crise sanitaire semble opérer un « rééquilibrage » de la demande locative entre la capitale et les villes plus modestes. Ainsi, chez LocService, nous avons observé en mars dernier une baisse spectaculaire de la tension locative à Paris. Le nombre moyen de candidats est ainsi passé de 5,61 par offre en moyenne en 2019, à 2,67 au cours de l’année 2020 ! Et si l’on prend en compte les trois derniers mois – soit la période entre début janvier 2021 et mi-mars 2021 – le ratio tombe même à 1,97 candidat par location. Soit un rééquilibrage inédit du rapport de force entre bailleur et locataire, et cela concerne tous les arrondissements sans distinction.

Autre indice intéressant, la baisse de la demande des étudiants : sur l’année scolaire 2019-2020, environ 26 % des demandes de logements étudiants en France ciblaient spécifiquement la région parisienne. En mars 2021, ce chiffre (mesuré sur les données des 12 derniers mois) était descendu à 21 %. En effet, confinement oblige, beaucoup d’étudiants parisiens ont mis à fin à leur bail pour rejoindre leurs parents ou des proches et travailler à distance, en s’affranchissant des loyers extrêmement élevés pratiqués dans la capitale.

Forcément, un tel phénomène a un impact sur les niveaux des loyers. En se focalisant sur les loyers moyens charges comprises des studios, qui sont les types de biens les plus loués à Paris, on observe une baisse de 2 % entre la moyenne relevée à l’été 2020, et celle relevée à la mi-mars 2021 :

  • Eté 2020 : 885 €
  • Début 2021 : 876 €
  • Mars 2021 : 867 €

« Cette détente du marché s’explique par deux phénomènes », décrypte Richard Horbette, le fondateur de LocService, interrogé par le magazine Capital. D’une part, par un afflux massif de nouvelles locations meublées dans la capitale : « il s’agit d’anciennes locations de type Airbnb, qui reviennent sur des baux traditionnels ». Signe de cet afflux, les locations meublées sont devenues majoritaires face aux locations vides en Ile-de-France, représentant 57 % du marché en 2020, contre seulement 49 % en 2019. D’autre part, comme nous l’évoquions plus haut, une part non négligeable de locataires (actifs ou étudiants), poussés par les possibilités offertes par le télétravail, désertent la capitale pour vivre (du moins temporairement) dans des secteurs où les loyers sont plus raisonnables.

Une baisse de la tension locative à Bordeaux et Lyon, mais pas dans l’Ouest

De leur côté, Lyon et Bordeaux ont également vu le nombre de candidats par logement à louer baisser en 2020, mais plus légèrement. Le ratio est passé de 6,83 en moyenne en 2019 dans la capitale des Gaules, à 6,37 en 2020. A Bordeaux, ce ratio est passé de 6,83 à 5,30 sur la période. Là aussi, ces villes ont semble-t-il profité d’un retour des locations touristiques sur le marché traditionnel, mais leur tension locative reste tout de même très forte. « Nous avons constaté plus d’offres de logements que d’habitude », confirme Richard Horbette. Cette poussée du meublé se confirme dans les statistiques de LocService. En 2019, hors Ile-de-France, ce type de bien représentait ainsi 36 % du marché locatif. En 2020, cette proportion est passée à 43 %.

En revanche, les villes de l’ouest de la France semblent tirer leur épingle du jeu : Nantes, Rennes et Angers n’ont pas vu leur tension locative baisser. « Dans cette région, le manque de bien à louer pèse sur les candidats locataires. Ces villes sont très sollicitées, sans pour autant que l’offre de logement ne suive la demande », conclut Richard Horbette.