La Fondation Abbé Pierre a publié la semaine dernière une analyse dont les résultats sont inquiétants : 3,8 millions de personnes sont en situation de mal-logement, et 12,1 millions sont dans une situation financière telle qu’il peuvent basculer du jour au lendemain dans le mal-logement.

Logement indécent - Crédit image : seloger.comLa nouvelle analyse de la Fondation Abbé Pierre s’appuie sur les données de l’année 2013 fournies par l’Insee, afin d’avoir une photographie à jour de l’état du logement en France et de mesurer l’impact de la crise. Les précédents chiffres de l’Insee dataient de 2006.

Résultat : 3,8 millions de personnes sont mal-logées en France : sans-domicile, hébergés chez des tiers, en surpeuplement accentué ou privées de confort. Christophe Robert, délégué  général de la Fondation Abbé Pierre, précise que « ce total ne peut pas se comparer en tant que tel avec les 3,5 millions de personnes du décompte précédent [daté de février 2015, NDLA], car la définition du mal-logement a changé« . L’étude ajoute aux chiffres précédents notamment les personnes non-étudiantes de plus de 25 ans empêchées pour des raisons financières de décohabiter.

En parallèle, 12 millions de personnes sont fragilisées par rapport au logement et se retrouvent au bord de la situation de mal-logement : impayés de loyers, effort financier excessif, copropriété en difficulté, précarité énergétique, surpeuplement « modéré ».

Le mal-logement à la loupe

Près de 900 000 personnes sont privées de logement personnel, dont 141 500 de SDF et 85 000 habitant dans des logements de fortune (constructions provisoires ou mobil-homes). 25 000 personnes n’ont pour seul logement que des chambres d’hôtels, et 643 000 sont en hébergement « contraint » chez des tiers.

Que signifie ce terme de logement contraint chez un tiers ? Il s’agit de ceux qui sont hébergées par des personnes sans lien de parenté direct, des jeunes contraints de revenir chez leurs parents après avoir été autonomes, et des enfants non-étudiants de plus de 25 ans qui n’ont pas les moyens de partir de chez leurs parents.

Un peu plus de 2 millions de personnes vivent dans des conditions très difficiles : pas d’eau courante, de douches, de WC intérieurs, de coin cuisine, de chauffage, ou bien façade très dégradée. 934 000 personnes sont en situation de grave surpeuplement, c’est-à-dire vivant dans un logement auquel il manque 2 pièces ou plus par rapport à la norme de peuplement.

Si le nombre de logements sans chauffage a fortement chuté dans les chiffres 2013 par rapport à 2006, 11 millions de personnes se sont tout de même plaint d’avoir eu froid, généralement à cause du prix de l’énergie, du manque d’isolation ou du manque de performance de leur chauffage.

12 millions de personnes fragilisées par la crise du logement

hausse-impayes-loyersOutre ces 3,8 millions de mal-logés, se dessine un halo beaucoup plus large, aux contours parfois flous, de personnes affectées par la crise du logement : surpeuplement modéré (1 pièce manquante par rapport à la norme d’occupation), impayés de loyers ou de charges (1,2 millions de locataires concernés), précarité énergétique, effort financier excessif.

Concernant ce dernier critère, on peut noter que 5,7 millions de personnes consacrent plus de 35 % de leurs revenus aux dépenses liées au logement, avec un reste à vivre de 650 euros par mois en moyenne, soit 65 % du seuil de pauvreté. Les personnes concernées par ce taux d’effort excessif sont 42 % plus nombreuses qu’en 2006 !

Il ne faut pas oublier que les propriétaires aussi peuvent se retrouver en situation compliquée : plus d’un million d’entre eux vivent dans une copropriété ayant des  problèmes financiers ou de fonctionnement (+8 %) et 82 000 ménages propriétaires ont des impayés de remboursement d’emprunt (+17 %).

Moins de mobilité, plus de demandeurs HLM

Les emménagés récents étaient 32,5 % en 2002, 30,8 % en 2006 et seulement 26,8 % en 2013. Soit une chute de la mobilité résidentielle de 13 % entre 2006 et 2013. Les ménages ont donc du mal à déménager faute de pouvoir trouver un logement abordable dans le privé ou faute de place dans le social. Ce phénomène participe à la hausse du chômage car ce chiffre inclut des travailleurs potentiels qui ne peuvent pas pourvoir un poste éloigné géographiquement.
En écho à cette baisse de la mobilité, la file d’attente pour les logements HLM augmente : +12 % de demandeurs HLM entre 2006 et 2013, ce qui traduit une aggravation des tensions sur le marché du logement.