File d'attente pour visiter un appartementL’Observatoire de la jeunesse solidaire de l’Afev publie sa 7ème enquête annuelle sur le thème de la place des jeunes dans la société. L’Observatoire s’attache cette année à mieux comprendre la question de l’accès au logement. Il en ressort que la situation des jeunes de 18-30 ans reste problématique : 7 personnes sur 10 (68 %) déclarent avoir été ou être encore confrontés à des difficultés de taille dans ce domaine.

Etat des lieux des difficultés rencontrées par les jeunes

Dans son enquête, l’Observatoire de la jeunesse solidaire dresse les constats suivants :

  • Plus d’un jeune sur 5 n’a pas pu obtenir un logement dans le parc privé en raison d’un manque d’emploi ou d’emploi stable
  • Plus d’un jeune sur 4 a manqué de moyens pour accéder à un logement
  • 1/4 doit renoncer à des dépenses de première nécessité pour se loger
  • La discrimination touche (ou a touché) 12 % des personnes interrogées
  • 23 % sont contraints de demeurer au domicile parental même en ayant un premier emploi
  • 15 % déclarent s’être retrouvés à un moment sans logement ou dans une situation précaire

Parmi ceux qui restent au domicile parental, 67 % le font pour des raisons financières ; contrairement aux idées reçues, 2/3 d’entre eux habitent en zone péri-urbaine ou rurale. Il faut cependant être prudent dans le sens où près de la moitié d’entre  eux sont professionnellement actifs. Il peut donc exister une forme d’arbitrage financier, c’est-à-dire faire un choix entre indépendance coûteuse et dépendance gratuite (dans l’espoir de se constituer un capital en attendant).

Deux étudiantes parisiennes réagissent à ces chiffres et soulignent l’incidence directe de ces difficultés sur la qualité des études : « Les chiffres de cette enquête ne sont pas surprenants… pour nous, c’est normal de galérer. On doit se serrer la ceinture. Nous avons la chance de nous en sortir car nous sommes en colocation et nous nous relayons pour payer nos frais. […] En tant que jeunes, soit on travaille soit nos parents nous aident. Dans notre cas, il n’est pas envisageable de ne pas travailler pour payer nos études. Nos difficultés ont forcément une incidence sur nos études. La priorité est de survivre, de se loger, de manger, les études passent après. La pression du logement est plus forte que la pression d’un examen. »

Les inégalités dans l’accès au logement

Le tiers de jeunes qui a déclaré ne pas avoir rencontré de souci majeur dans leur parcours d’accès au logement se compose majoritairement de jeunes actifs, avec une nette surreprésentation des Bac+5, d’enfants de foyers parentaux CSP+, et même de certains qui ont réussi à devenir propriétaires. A l’inverse, et sans surprise, les 68 % qui ont rencontré des difficultés sont principalement des profils plus défavorisés : sans activité professionnelle, en intérim ou en contrat précaire, non diplômés, ou obligés de rester au domicile parental faute d’une autre solution. Il y a donc une vraie « double peine » pour ces jeunes.

Ces inégalités avaient déjà été illustrées dans une étude du ministère des Affaires sociales publiée en 2014 : parmi les jeunes ayant quitté le domicile parental 3 ans après avoir terminé l’école, 71 % sont des enfants de cadres supérieurs, contre 45 % des enfants d’ouvriers et 47 % d’employés. De la même façon, 77 % d’entre eux ont un diplôme supérieur au bac, et 26 % sont sans diplôme.

Bien entendu, ces clivages s’accentuent si l’on se concentre sur les grandes villes avec un marché locatif tendu, et s’effacent dans les petites villes.

Que faire ?

Encore une fois, c’est l’offre de logements, et en particulier de petites surfaces et logements étudiants, qu’il faut développer afin de donner plus de choix et de faire baisser les prix : il faut par conséquent attirer les investisseurs privés comme publics en jouant sur les avantages fiscaux et les coûts de construction. Parmi les spécialistes interrogés dans le cadre de cette enquête, certains réclament aussi un meilleur accès des jeunes au parc social, l’encadrement des loyers, et le retour du débat sur la Garantie Universelle des Loyers proposée par la loi Alur puis abandonnée par le gouvernement. La colocation, qui permet de bénéficier d’un logement plus grand pour un loyer modéré, est également une solution très intéressante pour les jeunes (et moins jeunes) qui subissent ces difficultés d’accès au logement.

Voir l’enquête complète

ideaComment louer un logement quand on n’a pas le « dossier idéal » ? N’hésitez pas à lire notre article à ce sujet !