Mercredi 15 décembre 2021, la commission des Affaires économiques de l’Assemblée Nationale publiait un rapport d’information sur les perspectives économiques des jeunes Français. Et les rapporteurs de cette étude, Richard Lioger (LReM) et David Corceiro (Dem), alertent sur une précarité persistante des jeunes et une difficulté à les loger dans de bonnes conditions. Un problème de société majeur qui pourrait encore s’aggraver à l’avenir puisque le nombre d’étudiants continue de croitre en France.

Une dégradation des conditions de vie des 18-29 ans

Il faut tout d’abord savoir que la part des jeunes situés sous le seuil de pauvreté a augmenté de 5 points en France entre 2002 et 2011. Et un jeune sur cinq de 18 à 29 ans vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.

Taux de pauvreté au seuil de 60% du salaire médian par tranche d'âge en 2019
Taux de pauvreté au seuil de 60% du salaire médian par tranche d’âge en 2019
Source : Insee, Pauvreté selon l’âge et le seuil en 2019, octobre 2021.

Par ailleurs, si la hausse de la place du logement dans le budget concerne l’ensemble des ménages, la part allouée au logement est plus importante chez les jeune que dans le reste de la population. Ainsi 60 % du budgets des étudiants serait aujourd’hui consacré au logement. De même, on constate que le taux d’effort (rapport entre la somme des dépenses liées à l’habitation principale et les revenus des ménages) est beaucoup plus élevé chez les plus jeunes que dans le reste de la population : 22 % pour les 18-25 ans, 18,5 % pour les 25-29 ans, contre 10,3 % pour la population générale…

Le rapport remis il y a quelques jours souligne donc que « le logement qui constitue le premier poste de dépense des jeunes, contribue de plus en plus à leur précarisation ». Et que nous serions aujourd’hui arrivé à un stade critique.

Une offre de logement insuffisante

En dépit des politiques de logements successives à destination des jeunes depuis les années 1990, et des efforts faits en faveur du logement étudiant notamment, la problématique du logement des jeunes semble malheureusement loin de pouvoir se résoudre d’après les rapporteurs de l’étude.

Du fait d’un démographie dynamique en France, on assiste en effet à une « expansion rapide de la population âgée de 18 à 30 ans ». Pour preuve, on dénombre aujourd’hui 2,7 millions étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur, soit deux fois plus que dans les années 1990.

Nombre d'étudiants dans l’enseignement supérieur depuis 1960
Nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur depuis 1960 (en milliers d’étudiants)
Source : sous-direction des systèmes d’information et des études statistiques (MESRI/DGESIP-DGRI/SIES).

Pour faire face aux besoins de cette population étudiante, la production de logements de la part des acteurs historiques reste très insuffisante. Ainsi, le Crous ne possède qu’un parc de 175 000 logements, soit de quoi loger seulement 7% de l’ensemble des étudiants. Le parc HLM quant-à lui contribuerait à loger directement environ 530 000 jeunes (sans compter les jeunes hébergés dans le logement social de leurs parents). En effet le parc HLM possède 120 000 places en résidences universitaires et 50 000 places en foyers de jeunes travailleurs et résidences pour jeunes actifs. A ces chiffres s’ajoute 360 000 occupants de moins de 30 ans titulaires de baux classiques dans le parc social.

Répartition des étudiants dans le parc de Logements en 2019
Répartition des étudiants dans le parc de Logements en 2019
Source : Assemblée Nationale

Par ailleurs, si le parc social existant « continue d’être insuffisamment tourné vers les jeunes », il semble également inadapté à leurs besoins du fait de la longueur des procédures pour y accéder, « qui s’accommode mal de la brièveté moyenne des séjours des jeunes ».

Face à ce constat, l’offre locative privée reste souvent la meilleure option pour la majorité des jeunes âgés de 18 à 25 ans. Mais face à la multitude d’offres et à la concurrence, il peut sembler difficile de s’y retrouver. Et avec un petit budget, difficile d’assumer les frais importants demandés par les agences.

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Pour faciliter l’accès des jeunes au logement, deux axes sont donc à développer : développer l’offre sociale à destination de public jeune et faciliter son accès à l’offre privée.

Développer le parc social à destination des jeunes

Tout d’abord, les députés préconisent un renforcement de l’offre de logement social pour les jeunes étudiants. Pour cela, il sera nécessaire notamment de développer une offre de petites surfaces dans le parc social, mais également une offre de colocation à destination des étudiants ou jeunes actifs. Par ailleurs, il faudra prévoir une place explicite aux jeunes en difficulté dans le processus d’attribution des logements afin de faciliter leur accès au parc social existant.

Pour développer l’offre, les députés proposent par ailleurs de transformer des immobiliers inactifs en logement étudiant. Comme des bureaux, des hôtels ou des hôpitaux vacants…

Avec une production de logements étudiants aujourd’hui « resserrée autour de l’Etat, des établissements, des Crous et des bailleurs sociaux », il sera également important de mieux intégrer les associations de gestion des résidences étudiantes à la coordination nationale. Et les universités devront gagner en autonomie, en étant accompagner en termes d’ingénierie et de montée en compétence « pour la valorisation immobilière et la gestion d’un parc de logements ».

Développer les aides d’accès au logement pour les jeunes

Par ailleurs, pour favoriser l’accès des jeunes à l’offre locative privée, les députés préconisent de développer des aides permettant de lever les obstacles rencontrés par les candidats à la location.

Pour de nombreux jeunes, l’accès au logement dépend des aides publiques et principalement de l’aide au logement. Mais si 791 000 étudiants et 574 000 jeunes non étudiants de moins de 25 ans touchent aujourd’hui une allocation d’aide au logement, il faut savoir que les jeunes qui emménagent attendent en moyenne 2 mois avant la première aide. Les députés proposent donc de raccourcir ce délai. De plus, ils proposent de maintenir les aides au logement pendant 3 mois après les études. Et cela afin de afin de permettre une meilleure prise en charge des périodes de transition des jeunes.

Au niveau du besoin en cautionnement, frein important dans la recherche d’un logement, le rapport préconise également un assouplissement des critères d’attribution de la garantie Visale afin de créer une couverture universelle pour les jeunes de 18 à 30 ans. L’objectif : lutter contre les phénomènes de réticences des bailleurs.

Enfin, les députés pensent que les jeunes devraient avoir un meilleur accès aux informations concernant les aides. L’accès à l’information des jeunes en matière de logement est en effet décisif. Les auteurs du rapport appellent donc à « massifier l’effort de création de guichets uniques d’accès aux droits pour les jeunes, notamment dans les établissements d’enseignement supérieur et dans le cadre de la démarche des maisons France services »

Un vaste chantier en perspective et un véritable enjeu en terme de politique du logement…