Le gouvernement souffle le chaud et le froid concernant la taxe d’habitation des 20 % des contribuables les plus riches. Le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, après avoir insinué dimanche dernier que la taxe pourrait être maintenue pour les plus aisés, a corrigé ses paroles aujourd’hui en réaffirmant la volonté du gouvernement de supprimer cette taxe pour tout le monde.

D’où vient l’imbroglio sur la taxe d’habitation ?

Extrait du programme de Macron expliquant la suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages.Pour comprendre le cafouillage qui entoure la taxe d’habitation, il faut remonter à l’époque où Emmanuel Macron était candidat à la présidentielle. C’était l’une de ses propositions choc : supprimer la taxe d’habitation pour 80 % des ménages français, correspondant aux classes populaires et moyennes. Le candidat invoquait le fait qu’il s’agit d’un impôt injuste et généralement non dépendant du revenu des ménages (sauf exonérations marginales).

Après son élection, Emmanuel Macron annonce le 30 décembre 2017 vouloir supprimer totalement la taxe d’habitation en 2020 pour l’ensemble des citoyens, y compris les plus riches. Il souhaite ainsi éviter que la réforme soit retoquée par le Conseil constitutionnel au titre de l’égalité devant l’impôt.

Mais ce dimanche 6 janvier 2019, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire déclare sur Europe 1 que la question de la suppression de la taxe d’habitation pour les 20 % les plus riches pourrait être mise sur la table à l’occasion du grand débat national lancé par Emmanuel Macron. Suite aux critiques de l’opposition dénonçant un manque de clarté, Le Maire a réaffirmé ce mardi 9 janvier que le gouvernement continuait sur sa ligne directrice qui est de supprimer cet impôt pour tout le monde.

L’Élysée est ensuite intervenu le soir-même pour clarifier la situation : « La suppression pour 80 % des Français est déjà actée. C’était d’ailleurs un engagement de campagne du président. La position du gouvernement est celle d’une suppression à 100 %, c’est ce qui est envisagé« . « Mais nous décidons de mettre cela sur la table pour le grand débat« , a déclaré la présidence ce mardi soir.

Rappelons que pour faire partie des 20 % les plus aisés, il faut percevoir des revenus supérieurs à 27 000 € pour une personne seule, ou 43 000 € pour un couple sans enfant par exemple (en savoir plus).

Pour ou contre la taxe d’habitation pour les 20 % les plus riches ?

Gilet jaune arborant un slogan "Stop taxes" - Source : lindependant.frLe maintien de la taxe d’habitation pour les ménages les plus aisés serait évidemment un signe fort dans un contexte particulier – le mouvement « gilets jaunes »- où le gouvernement est souvent accusé de favoriser les riches. Cela satisferait également les maires, très attachés à la taxe d’habitation qui représente une ressource importante pour la commune, bien qu’Emmanuel Macron ait promis que le manque à gagner serait intégralement remboursé.

D’un autre côté, une analyse de Jacques Bichot (professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin) rapportée par Atlantico affirme que le maintien de la taxe d’habitation pour les 20 % les plus aisés frappera au porte-monnaie surtout la classe « moyenne supérieure« ,  pour lesquels le logement (habitation principale et résidence secondaire) constitue l’actif le plus important, alors que les « très riches » ont généralement un patrimoine financier et non immobilier. Ces derniers seraient donc peu impactés. En schématisant, on passerait alors d’un « président des riches » à un « président des très riches »…